Petite antilope rousse cachée dans la végétation dense d'une forêt tropicale

L’énigme de la « Licorne d’Asie » : une branche isolée de l’évolution

Lorsqu’il a été découvert en 1992 dans les montagnes de la chaîne Annamitique, entre le Vietnam et le Laos, le Saola (Pseudoryx nghetinhensis) a provoqué un véritable séisme chez les zoologistes. Ce grand mammifère, le premier identifié depuis plus de cinquante ans, présentait une morphologie si singulière qu’elle semblait défier toutes les classifications établies.

Le piège des apparences

Au premier regard, sa silhouette fine et ses longues cornes droites évoquent les antilopes africaines, et plus particulièrement l’Oryx. C’est d’ailleurs ce qui lui a valu son nom scientifique, Pseudoryx, qui signifie littéralement « faux oryx ». Pourtant, les chercheurs ont rapidement compris que cette ressemblance n’était que le fruit d’une convergence évolutive : vivant dans des environnements denses, le Saola a développé des traits physiques similaires à d’autres bovidés éloignés sans pour autant partager un ancêtre récent avec eux.

Ce que nous dit son ADN

Il a fallu attendre les progrès de la génétique moléculaire pour lever le voile sur ses origines. En analysant l’ADN mitochondrial et nucléaire des rares spécimens disponibles, les scientifiques ont pu situer le Saola avec précision dans l’arbre du vivant.

Contre toute attente, le Saola n’appartient pas au groupe des antilopes ou des chèvres. Il est en réalité membre de la sous-famille des Bovinae. Plus surprenant encore, il s’intègre dans la tribu des Bovini. D’un point de vue génétique, ses plus proches parents ne sont donc pas les gazelles, mais les boeufs domestiques, les yacks et les buffles d’eau.

Une relique du Miocène

Ce qui rend la position du Saola unique, c’est son isolement évolutif. Les études basées sur l’horloge moléculaire estiment que sa lignée s’est séparée de celle des autres bovidés il y a environ 13 à 15 millions d’années.

Depuis cette rupture, le Saola a évolué en vase clos dans les forêts humides d’Asie du Sud-Est, conservant des caractéristiques morphologiques que l’on ne retrouve aujourd’hui que sur des fossiles de bovidés primitifs. Il représente à lui seul un genre entier, sans aucun cousin proche encore vivant. C’est ce qu’on appelle une lignée relicte : le dernier témoin d’une branche de l’évolution qui a presque totalement disparu.

Un enjeu de conservation majeur

Cette singularité génétique donne une dimension tragique à sa situation actuelle. Classé en danger critique d’extinction, le Saola est bien plus qu’une espèce rare ; il est le dépositaire d’un patrimoine génétique irremplaçable. Si la « Licorne d’Asie » venait à s’éteindre, c’est une branche entière de l’arbre de la vie, vieille de 15 millions d’années, qui s’effacerait définitivement, sans laisser de descendance. C’est cette originalité biologique qui place aujourd’hui l’espèce au sommet des priorités mondiales pour la conservation de la biodiversité.

Consulter aussi notre d’autre article: l’incroyable arbre généalogique qui cache le Saola

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One response to “L’énigme de la « Licorne d’Asie » : une branche isolée de l’évolution”

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